jeudi 18 septembre 2014

Le Montmartre de Belgrade - La rue Skadarska

Si vous venez à Belgrade, vous vous devez de faire une promenade dans la rue bohème Skadarska que l'on appelle aussi le Montmartre de Belgrade. Bien qu'elle ne fasse que 500 mètres, chaque coin vous plongera dans le passé artistique et bon-vivant de la capitale.

La rue Skadarska et Montmartre, jumelles depuis 1977
Il y a deux siècles, la rue se trouvait à la périphérie de la ville et était habitée en majorité par les romes. Les maisons étaient en terre et les toits en paille. Le tableau était bien triste, pauvreté, saleté, puenteur, sombre quartier où bien souvent ses habitants pouvaient même tomber sur des loups affamés. Les fortes pluies pouvaient engendrer de vrais torrents qui coulaient dans la rue qui est légèrement en pente et bien souvent les petites maisons mal construites étaient emportées par les flots. 

Le Pacha turc remit les clés de la ville de Belgrade au Prince Michel en 1867 et c'est à partir de ce moment que la rue commença sa transformation. Les romes furent petit à petit relogés dans un autre quartier de la ville et à leur place se sont installés les artisans, petits commerçants et taverniers. 

La rue porte le nom Skadarska depuis 1872. Elle est toute proche du Théatre National et c'est la raison pour laquelle les comédiens y sont venus loger. Ils attirèrent d'autres artistes, écrivains, poètes, chansonniers, peintres et tout ce petit monde engendra une atmosphère unique de nuits blanches, de chansons, de musique, de discours et surtout, de créativité, car certains habitants de la rue sont devenus des légendes de la poésie ou de la littérature serbe.

De nombreuses kafanas, que l'on pourrait traduire par "tavernes", ont vu le jour afin d'accueillir et d'abreuver ces jeunes gens pleins d'énergie qui aimaient boire et faire la fête. Bien vite, la rue devint le lieu de rendez-vous de tout le Belgrade artistique et mondain et reçut l'épithète de "bohème".

La rue Skadarska en 1900

Vous ne pouvez pas vous perdre :) Tous les quartiers bohèmes européens sont indiqués, et comme suprême destination, la lune




La rue est pavée, comme il y a 200 ans, à la mode turque. Les kafanas sont toujours là, comme dans le passé. Au début du XXème siècle, la rue en comptait une quinzaine, sur 500 mètres, c'est dire si la rue était grouillante de vie, et deux d'entre elles ont résisté aux années, portant encore avec fierté leur nom originel: "les Trois Chapeaux" et "les Deux Cerfs". Tout comme la kafana de la Couronne verte dont je vous ai déjà parlé, la kafana des Troix Chapeaux n'avait pas de nom inscrit sur son mur, seuls trois chapeaux en étain était accrochés, d'où le nom. Les chasseurs venaient souvent avec leur gibier dans cette rue grouillante, pour se vanter et un jour, ils amenèrent deux cerfs. C'est ainsi que la légendaire kafana reçut son nom.

La kafana des Troix Chapeaux en 1904

La kafana des Trois Chapeaux aujourd'hui

La représentation de la kafana des Deux Cerfs de la première moitié du XXème siècle, en style naïf

La kafana des Deux Cerfs aujourd'hui, avec le même portail et la même terrasse

La kafana des Deux Cerfs aujourd'hui
C'est précisément dans ces deux kafanas, que l'un des plus illustres artistes, Đura Jakšić, peintre, poète, dramaturge, enseignant, orateur,  passait son temps et trouvait l'inspiration pour ses vers et ses discours qui engendraient toujours les applaudissements et l'émerveillement du public présent. Les vers du célèbre poête sont inscrits sur les murs de l'un des restaurants, sa statue veille sur le quartier bohême. Un graffiti lui a été dédié par un collègue artiste anonyme contemporain.

Les vers du célèbre poète
La statue du poète devant son ancienne maison, aujourd'hui convertie en musée
Graffti en hommage au grand artiste
La rue est plutôt calme durant la journée, mais dès que les lampions s'allument au coucher du soleil, elle prend vie et les sons des vieilles chansons jouées par les orchestres dans les restaurants vous donnent tout simplement envie de vous asseoir et de ressentir l'atmosphère détendue du Belgrade d'autrefois, tout en dégustant les plats traditionnaux.

Les musiciens vous souhaitent la bienvenue
Les musiciens vous accompagnent durant votre dîner

Vous pouvez trouver des petits souvenirs et des objets fais à la main, à l'aspect traditionnel serbe exposés sur les étaux colorés.

Étal aux signes distinctifs de la Serbie: le porcelet savoureux, l'eau de vie de prune et le paysan serbe

Étal représentant un panorama de Belgrade

Petits souvenirs faits à la main
La rue Skadarska, à ne surtout pas manquer si vous passez par Belgrade. Vous y ressentirez l'âme de la ville car aujourd'hui encore, la bonne nourriture, un bon verre et la chanson en compagnie d'amis sont les simples plaisir de la vie pour les Serbes.