samedi 20 septembre 2014

Un café chez la Princesse Ljubica

Aujourd'hui, j'ai bu un café avec la Princesse Ljubica, enfin presque, avec Mirjana Kraker, actrice amatrice qui joue le rôle de la Princesse, habillée en costume d'époque, dans le cadre de la représentation "Un café chez la Princesse Ljubica", dans le Palais de la Princesse Ljubica situé dans le centre ville.

Une actrice amatrice qui joue le rôle de la Princesse d'une façon très convaincante, Mirjana Kraker
La "Princesse" vous parle avec émotion, ardeur et parfois tristesse, de sa vie, de sa relation avec son époux le Prince Miloš, de ses combats politiques et personnels, de l'occupation turque, de tous les déboires qu'elles a affrontés, tant dans sa vie privée que dans sa vie de Princesse, dans des temps dangereux et incertains.

Après nous avoir souhaité la bienvenue, elle nous a tout d'abord présenté la pièce où elle nous a accueillis. C'est la salle des divans, la "Divanhana" à la mode turque de l'époque, où elle passait la plus grande partie de sa journée et où elle recevait ses invités, comme nous aujourd'hui, avec lesquels elle discutait en prenant une tasse de café. Le verbe "divaniti" du mot "divan" qui est aujourd'hui plus en pratique en Voïvodine, signifie "causer". C'est là aussi qu'elle jouait aux cartes ou à d'autres jeux de société, le soir. La vie était simple: on se levait tôt et on se couchait tôt. C'est précisément parce que son train de vie n'était pas luxueux que la Princesse était aimée et respectée par son peuple.


La salle des divans; "Divanhana"
L'une des caractéristiques de cette pièce est le fait qu'on y accède en montant deux marches, symbole de la position élevée de la famille princière par rapport au peuple, ce qui est également un détail architectural légué par les turcs.

Les deux marches pour accéder à la chambre des divans
D'une voix douce, la Princesse ordonna à sa fidèle servante de nous préparer un café. Bien vite le café fut servi avec, tradition oblige, un morceau de loukoum moelleux.

Le café servi à la turque pour la Princesse
Café turc servi dans des petites tasses traditionnelles sans anse, avec un morceau de sucre et un délicieux morceau de loukoum 
Le récit de la Princesse nous trace le portrait d'un femme forte, digne, mais également émotive et confrontée aux problèmes des femmes ordinaires: la protection de son mariage et de sa famille. C'est sans hésitation qu'elle tua sa rivale, maîtresse de Miloš, la très belle Petrija dont le Prince était follement amoureux. La seule raison pour laquelle la Princesse ne fut pas éxécutée pour cet acte est qu'elle attendait un enfant de son époux. Après de longs mois de séparation, la Princesse Ljubica affronta son époux, deux pistolets à poudre à la taille, déclamant la phrase célèbre: "Oubien tu me pardonnes, oubien tu me tues. On ne peux plus continuer comme çà." C'est dire qu'elle était courageuse.

La Princesse Ljubica et son fils aîné Milan
Le costume que porte l'actrice jouant le rôle de la Princesse est une réplique des vêtements féminins traditionnels serbes du XIXème siècle. Dans la partie libre de la Serbie dont le Prince Miloš était alors le souverain, la mode turque a été petit à petit remplacée par des vêtements aux tendances européennes, tout en gardant toutefois des détails orientaux. Cette tenue était appelée "la tenue de ville", car dans les campagnes les habitants ont longtemps encore porté les vêtements typiquement turcs. Le signe distinctif de cette tenue de ville était le foulard de soie entrecroisé sur la poitrine.

Le palais de la Princesse Ljubica, autrefois et aujourd'hui


La construction du Palais dura de 1829 à 1831. C'est aujourd'hui l'un des rares immeubles restant de cette époque à Belgrade. Il faut souligner que le Prince Miloš qui ordonna la construction du Palais n'y vécut que très brièvement, ne pouvant supporter la proximité du camp militaire turc dans la forteresse Kalemegdan. Finalement, la Princesse Ljubica y vécut sans son époux, entourée de ses enfants.

L'aspect extérieur tant qu'intérieur du bâtiment est un mélange de styles des Balkans et de l'Occident Du temps de la Princesse, le palais avait vue sur la Save. Aujourd'hui les immeubles aux alentours cachent le fleuve.


Pour 350 dinars, c'est à dire environ 3 euros, vous assistez à un spectacle émouvant, vous savourez un café turc servi dans les petites tasses traditionnelles, vous vous adoucissez avec un loukoum et visitez le Palais. A noter: le spectacle est aussi joué en anglais, pour les touristes, et le prix est de 500 dinars, soit environ 4,20 euros.

Une véritable bagatelle pour une expérience unique qui vous transporte dans le passé historiquement riche de Belgrade et de la Serbie.

Portraits du Prince Miloš, de la Princesse Ljubica en compagnie du Prince Milan, et portrait du Prince Michel
Voici en cadeau un diaporama qui vous donnera un avant-goût de l'univers de la Princesse Ljubica, une femme exceptionnelle.